Les pourquoi du F.E.T.

Le 6 mai 2018, dans le cadre du 17e Festival du Jamais Lu, une discussion publique fut organisée par le F.E.T. afin de faire un bilan de la première année d’activités du regroupement des Femmes pour l’Équité en Théâtre. Pour l’occasion, les artistes Catherine Bourgeois, Marilyn Perreault et Marie-Claude Saint-Laurent ont établi une liste des « Pourquoi », nous rappelant ainsi les raisons pour lesquelles il faut encore se mobiliser et travailler à la parité.

Pourquoi j’ai souvent le goût de crier ?
Pourquoi suis-je une femme-artiste et pas une artiste tout court?
Pourquoi étiquette-t-on qu’un texte écrit par une femme c’est une écriture de femmes et qu’un texte venant d’un homme est d’emblée universel?
Pourquoi notre société pense qu’une écriture est nécessairement genrée ?
Pourquoi a-t-on peur des quotas?
Pourquoi faire des cartes postales avec des pourcentages, ça semble si choquant pour plusieurs?
Pourquoi nos méthodes d’analyse ont été mises en doute?
Pourquoi ne suis-je pas prise au sérieux ?
Pourquoi plus il y a d’argent et de pouvoir, moins il y a de femmes ?
Pourquoi le Prix John Hirsch et le Prix Michel Tremblay ont-ils été remis presque exclusivement à des hommes?
Pourquoi plusieurs femmes songent sérieusement abandonner le métier après de fréquents refus et devant la rareté de la valorisation du travail de leurs consoeurs jeunes et moins jeunes?
Pourquoi félicite-t-on des hommes qui donnent la place aux femmes, plutôt que de féliciter des femmes qui ont réussi à prendre leur place ?
Pourquoi les figures féminines importantes n’ont pas leur place sur la ligne du temps ?
Pourquoi l’imaginaire collectif est-il misogyne ?
Pourquoi on ne fait pas un pep talk aux filles au primaire, au secondaire, au cégep, à l’université et dans les écoles de théâtre que la place qu’elles s’occupent n’est pas une place volée, mais une place qu’elles doivent prendre?
Pourquoi «faire une place de choix aux femmes dans la société» ne fait pas partie de la Charte des droits et libertés?
Pourquoi les femmes ont généralement moins confiance en elles ?
Pourquoi dans l’éducation des jeunes filles, on n’inclut pas d’emblée que prendre sa place, se faire confiance et s’enlever de la tête le complexe de l’imposteur, c’est la base de l’affirmation de soi qu’on soit un garçon ou une fille?
Pourquoi certains hommes pensent qu’on veut prendre LEUR place alors que cette place depuis des millénaires ne leur appartient pas d’emblée? Pourquoi on a dit que c’était leur place?
Pourquoi les questions que je pose présentement allument-elles les susceptibilités des directeurs artistiques ?
Pourquoi suis-je aussi cynique?
Pourquoi les lancements de saisons sont comme des claques en pleine face ?
Pourquoi c’est si long avant que le changement s’installe pour vrai ?
Pourquoi au lutrin, devant des médias, devant un public d’abonnés et beaucoup de représentants de la communauté théâtrale, une nouvelle direction artistique fait de la place des femmes une priorité et que ça ne se reflète pas dans sa première programmation?
Pourquoi des textes d’homme dans des mises en scène d’homme ont-ils leur place dans un théâtre à la mission féministe ?
Pourquoi la place des femmes est beaucoup plus dans les petites salles que dans les grandes salles?
Pourquoi est-ce qu’on a entendu dernièrement une direction artistique se défendre – avant qu’elle ne se fasse poser la question – sa programmation particulièrement non-paritaire en disant notamment qu’elle ne pouvait pas ne pas s’empêcher d’intégrer dans cette programmation un jeune metteur en scène européen? Pourquoi lors de ce lancement on n’a pas plutôt entendu «je ne pouvais pas ne pas m’empêcher d’engager cette jeune metteure en scène d’ici et lui permettre de gagner sa vie cette année?
Pourquoi après un an et demi de revendications, une direction artistique relègue encore à l’année prochaine la visibilité des femmes?
Pourquoi j’ai l’impression que quand j’entends dire que les femmes vont être plus visibles l’autre saison d’après, j’ai l’impression d’entendre un alcoolo dire que demain il ne boira plus?
Pourquoi attendre l’an 2234 pour atteindre la parité?
Pourquoi rien n’est acquis ?

Pourquoi la parité est un sujet si polémique?
Pourquoi on aime mieux l’équité que la parité?
Pourquoi pense-t-on que parité rime avec pitié ?
Pourquoi je suis si fatiguée?
Pourquoi j’ai parfois l’impression qu’on me fait «une faveur» quand je suis choisie alors que ça devrait être juste normal?
Pourquoi quand on parle d’excellence artistique, on pense être mieux servi par un homme?
Pourquoi nos filles méritent d’être témoin de la réussite de nos femmes ?
Pourquoi faire du théâtre de répertoire semble être une bonne raison pour ne pas être paritaire ET chez les auteurs ET chez les metteurs en scène choisis pour une saison? À ce que je sache, un metteur en scène, c’est quelqu’un qui vit et travaille maintenant?
Pourquoi on ne s’habitue pas à mettre un aide-mémoire sur le coin de notre bureau, quelque chose qui nous rappellerait ceci : est-ce que j’ai donné, à chance égale, la place aux femmes aujourd’hui? Est-ce que j’ai écouté une femme parler de la même manière que je l’aurais fait avec un homme? Est-ce que j’ai pensé que le poste d’éclairagiste ou à la conception sonore pouvaient être occupé par une femme?
Pourquoi l’équité salariale n’est pas mise en application quand c’est pourtant une loi ?
Pourquoi j’ai l’impression de faire rire de moi ?
Pourquoi ça semble si drôle, pour de jeunes comédiens garçons, en salle de répétition de tourner à la blague les revendications faites par les femmes?
Pourquoi faire des actions concrètes si elles sont mal perçues par notre « famille théâtre »?
Pourquoi les mouvements sociaux de revendications sont récupérés sans vergogne pour vendre des abonnements?
Pourquoi certains théâtres nous donnent l’impression de faire des choix « de mode » plutôt que des choix réellement ancrés dans un désir de changement durable ?
Pourquoi j’ai pas le goût que ce mouvement soit un phénomène de mode?
Pourquoi cette année on a vu autant de supplémentaires et reprises de spectacles écrits et/ou mis en scène par des femmes alors qu’on ne leur fait pas facilement confiance à la création?
Pourquoi les spectateurs ne semblent pas avoir les mêmes préjugés défavorables que les directeurs artistiques ?
Pourquoi j’ai souvent le goût de pleurer?
Pourquoi les femmes n’ont pas le droit à l’erreur?
Pourquoi les femmes ne négocient pas leur cachet ?
Pourquoi la paternité n’est pas un obstacle à l’employabilité des hommes?
Pourquoi j’ai pas le goût d’être paternalisée dans l’exercice de ma profession?
Pourquoi la maternité est souvent mal perçue chez les femmes créatrices ?
Pourquoi parler si personne ne veut entendre ?
Pourquoi écrire et dire haut et fort peut être dangereux pour la carrière d’une femme et peut être bénéfique pour celle d’un homme ?
Pourquoi on n’a pas un comité de tête chercheuse pour répertorier toutes les créatrices qui font de la mise en scène et qui écrivent pour aider les directions artistiques à ne plus dire qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui écrivent et mettent en scène?
Pourquoi on ne crée par un répertoire d’œuvres de femmes en chantier à envoyer dans tous les théâtres?
Pourquoi je mets autant de temps à me battre alors que ce précieux temps pourrait être mis dans ma prochaine création?
Pourquoi à une réunion du CQT en pleine semaine et annoncée pas très longtemps d’avance, on se fait reprocher, les femmes artistes, de ne pas être là GRATUITEMENT en grand nombre alors qu’on travaille GRATUITEMENT à la défense de nos droits depuis un an et demi, qu’on doit aussi gagner notre vie sur ce créneau horaire et qu’il y a déjà sur le panel une de nos représentantes?
Pourquoi il y a un certain essoufflement au sein de la FET ?
Pourquoi je me suis levée à 6h à matin pour ramasser toutes ces questions qui restent en suspens?
Pourquoi je suis en train de me poser toutes ces questions en 2018 alors qu’on suppose que le milieu professionnel dans lequel j’évolue est de gauche et progressiste?

Écrivez-nous au info@jamaislu.com pour ajouter vos « pourquoi » et contribuer à la liste.